Le prix de la gratuité

Le prix de la gratuité

La part croissante que prennent les réseaux sociaux dans le quotidien des citoyens consommateurs a largement répandu un contrat tacite entre plateformes et utilisateurs : des services d’information et de communication sont gratuits contre une monétisation des données personnelles à fins publicitaires. Si c’est gratuit, c’est vous le produit !

Ce nouveau deal est-il perçu, compris et accepté par les utilisateurs ? Et si oui, d’autres modèles sont-ils envisageables ? Notre étude réalisée en juillet en collaboration avec Norstat et Nexize révèle quelques perles.

 

Les réseaux sociaux sont devenus nos doudous numériques

81% des français sont inscrits sur un réseau social (et 100% des 18-24 ans), tandis que nous sommes 79% à nous y connecter quotidiennement. Nombreux sont ceux qui déclarent ne pouvoir s’en passer ; les réseaux sociaux rendent accros ! Ils flattent l’ego, relient au monde, nourrissent l’esprit, divertissent, trouvent des solutions pratiques -en bref sont devenus tout à la fois notre maman et notre meilleur ami- tout en nous permettant des comportements de « voyeur anonyme » et autres petits plaisirs coupables. Et par leur usage, les français ont segmenté les plateformes : Facebook pour les amis, LinkedIn pour le professionnel, Youtube pour le divertissement et la connaissance (tutos), Snapchat pour l’humour décomplexé, Instagram pour les albums de vie…

Plus de followers que de makers

S’informer, diffuser des idées, se divertir, échanger avec ses amis, sa famille sont les principales raisons de connexion, et révèlent des profils plus passifs qu’actifs. Ainsi, « lire, observer, partager mais sans commenter » représente 87% des actions tandis que « publier des articles » n’est utilisé que par 48% des français. Même remarque concernant l’engagement auprès des marques : seuls 55% des français sont fans de marques, avec un écart très important entre les plus jeunes et les plus âgés (73% des 18-24 ans et 29% des plus de 55 ans). La relation digitale aux marques suit des chemins tracés : une relation top-down où l’on attend des informations fraîches, des bons plans ou un SAV réactif, une relation qui reste dans le fond transactionnelle et fonctionnelle.

Le prix de la gratuité

Les français savent que leurs données sont exploitées (79%). Ils en connaissent le concept, qu’ils rapprochent finalement de l’exploitation de leurs données de cartes de fidélité. En revanche, ils n’en connaissent pas le contenu, pour plusieurs raisons : tout d’abord la définition des données personnelles n’est pas claire ; jusqu’où va la notion de données personnelles ? Ensuite, l’idée d’avoir une valeur ne leur traverse pas l’esprit. Comment se fait-il que, moi, à mon échelle, j’ai une valeur ? Et l’on touche ici du doigt la formidable puissance relationnelle à la fois du principe de gratuité et du principe de partage présent à l’ADN des plateformes de réseaux sociaux. Ce monde magique de l’échange inhibe –pour l’instant- les soupçons de commerce. Pour l’instant, car déjà certains considèrent  que les plateformes ont glissé du monde du partage au monde du commerce. Si 44% des français ont déjà cliqué sur une publicité sur les réseaux sociaux, 72% les considèrent comme intrusives, très peu (45%) les considèrent comme pertinentes et utiles ; et les français sont 37% à être équipés d’un adblocker. Surprise : les 18-24 ans sont les plus nombreux à en être équipé (43%).

L’enfer, c’est les autres !

Les français ont compris qu’il y avait des risques à exposer leurs données personnelles (91%) ; mais à y regarder de plus près, ils ont surtout peur des autres internautes : piratage des données personnelles (68%). Les plateformes, elles-mêmes, ne sont pour l’instant pas perçues comme des risques. Les français ne connaissent pas les nouvelles possibilités de traitement de données, aidées de l’IA, ni l’analyse sémantique des contenus. Ils sont pourtant 73% à considérer l’exploitation des données personnelles comme anormales.

Anormale ? Les français disent OUI à la société de consommation, ne lisent pas les chartes trop fastidieuses d’exploitation des données et sont parfois bien obligés de les accepter pour se servir d’une application. Aucun n’est véritablement prêt à payer pour ne pas voir ses données personnelles exploitées. Mais dans le même temps, il y a comme un déni de réalité et une légère schizophrénie s’installe. Le flou demeure et parfois l’on pourrait croire qu’il arrange bien des français !

Résultats complets de l’étude sur demande : fhussenot@adwise-research.com

Tags: