Des jouets qui ne font plus rêver

Des jouets qui ne font plus rêver

Des jouets qui ne font plus rêver… « La Grande Récré en cessation de paiement, nième  victime d’Amazon », titrait ce début mars 2018 la presse comme un signal d’alarme ; quelques mois plus tôt le géant américain Toys”R”Us qui s’était déclaré en faillite, suivi de l’anglais Maplin.

D’un claquement de doigts, Eliott ferma sa tablette, il se sentait las : c’était bientôt l’anniversaire de Kevin et il ne savait vraiment pas trop quoi lui acheter ; après avoir fait le tour des principaux sites Internet, il n’arrivait pas à se décider.

Faute de choix…

Il y avait encore quelques années, il se réjouissait à l’idée de flâner dans les boutiques des galeries marchandes ; il passait de longs moments à discuter avec les vendeurs … avant d’acheter sur Amazon, parce que c’était moins cher ! Mais jamais il n’aurait directement commandé sans avoir palpé peluches et autres panoplies en magasin.

Puis La Grande Récré, Toys”R”Us et autres Maplin avaient disparu et Amazon avait ouvert ses premières boutiques physiques entièrement automatisées : des robots extrêmement attentionnés guidaient les clients avec une efficacité redoutable : on ne repartait jamais les mains vides.

Les Amazon Toys n’étaient pas très vastes – beaucoup moins que les anciens Toys”R”Us par exemple – mais on y trouvait toujours LE produit adapté à ses besoins.

Dès l’entrée, on était pris en charge pas un automate qui vous saluait par votre prénom grâce à la reconnaissance facial : en un instant, il savait tout de vous et de vos enfants, bien entendu ! Il avait accès à vos navigations Internet, à votre profil Facebook, et même, pour les clients Premium, à l’historique complet de vos derniers achats, en ligne ou ailleurs.

Quand on rentrait chez soi et que l’on surfait sur la toile pour se rassurer d’avoir fait le bon choix, on se sentait rapidement rasséréné : car les boutiques en ligne croulaient sous une telle avalanche de référence que l’on se retrouvait bien rapidement perdu.

Puis au fil des ans, cette impression de surabondance avait peu à peu disparu, Amazon vendant ses données à ses fournisseurs qui pouvaient ainsi optimiser leur offre ; et toujours au fil des ans Eliott se mit à éprouver comme une sensation d’étouffement…

Dans les Amazon Toys, les robots se montraient toujours aussi zélés mais il passaient moins de temps avec vous parce que quelque-part à Seattle, un haut dirigeant avait décidé d’améliorer la productivité en gérant au mieux la durée des échanges entre clients et machines : une légère accélération permettait de substantielles économies – moins d’humanoïdes, moins de surface, pas de petites économies.

Les sites d’Alibaba et de tous ces nouveaux outsiders africains qui commençaient à monter en puissance, regorgeaient de jouets intéressants et complètement différents… mais impossible de les commander, les douanes les bloquant systématiquement parce que ne répondant pas aux nouvelles normes de sécurité nippo-américano-européennes – les nouvelles NAE !

Alors Eliott se mit à regretter le temps où il perdait de longues heures à se promener entre les rayons de La Grande Récré ou de Toys”R”Us, et à se repentir d’avoir ensuite commandé les jouets qui l’avaient fait rêver sur le Web plutôt que de les avoir achetés en magasin !